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Loix 2100 : Cité insulaire

Janvier - Juin 2019

Loix 2100 - cité insulaire 

Loix, c’est une île dans une île. A 60 ans maintenant, j’ai décidé de revenir vivre dans ce village qui m’a vu grandir, j’ai longtemps pensé que le continent avait beaucoup plus à offrir que ma terre natale. Du travail, des loisirs, des amis que sais-je d’autre...

1.   Nous sommes en février 2100 j’arrive à Loix, petite île de l’archipel de ré comptant près de 500 habitants. J’y accède par le ferry inter’îles de Ré que j’ai pris à Saint-Martin de Ré sur le continent. Lorsque j’approche du port, je remarque un bâtiment submergé à l’horizon, c’est l’ancien moulin à marée de Loix, emblème du village qui servait autrefois d’amer pour signifier le bout de la fosse de Loix et aussi le port. Aujourd’hui tous les marais étant submergés, nous ne pouvons accéder à Loix plus que par le bateau.

A peine arrivé à quai, je sens déjà les souvenir me submerger. Plus jeunes avec mes frères et sœurs, nous passions de longues heures à nous promener à travers les marais en quête d’escargots ou de quelques salicornes à grignoter. 

2.   Avril 2100, je me promène sur les passerelles aériennes du port de Loix, autrefois, les rues en dessous étaient bondées de voitures, de cyclistes et de piétons, la circulation n’était pas simple me racontaient alors mes parents. Aujourd’hui piétons et cyclistes se partagent les voies sur pilotis, les bateaux utilisent les anciennes rues comme des canaux de navigation pour se déplacer dans le village. C’est pittoresque, on se croirait à Venise avant qu’elle ne coule sous les eaux. 

Les riverains profitent de leurs terrasses dans l’ancienne rue pour s’offrir un peu de fraîcheur à l’ombre de leurs maisons. Cette année encore le thermomètre affiche 25 degrés, cela devient de plus en plus normal sur l’île de Ré, je déguste un verre de rosé des dunes de l’île de Ré, un cépage de plus en plus reconnu dans le Sud-Ouest.

3.   Mai 2100, une tempête éclate au large. L’île de Loix est en partie submergée par un raz-de-marée. Je vis dans une maison amphibie qui monte ou descends en fonction du niveau de l’eau, elle a été construite par mes parents il y’a déjà 40 ans. Je ne crains plus de vivre avec l’eau, je me suis habitué à sa présence. Grâce à des ouvertures dans les parois de l’ancien bâti, je peux entrer et sortir de ma maison quand je le souhaite sans être coincé chez moi.

 

Mon voisin lui, a opté pour une maison sur pilotis, le niveau d’eau n’a encore jamais atteint les dernières marches. Mes parents et le voisin avaient construit un palier commun pour accéder à nos maisons respectives pour que nous puissions profiter du même accès et nous croiser plus souvent. Toutes les semaines dorénavant, nous organisons un repas de voisins pour nous raconter nos différentes vies.

4.    En attendant que la tempête se calme, je vais fouiller dans mes étagères à la recherche des albums photo de famille. J’ai envie de revoir mes parents lorsqu’ils étaient jeunes. Années 2033-2036 ? Je revois une photographie de 2035, mes parents enlacés sur un banc sur l’ancien front de mer semblent paisiblement installés au bord de l’eau.

 

A l’époque, une grande digue faite de galets, de sable et de béton a été imaginée pour protéger la ville des submersions marines qui devenaient de plus en plus intenses. Cela ne faisait que 2 ans qu’elle avait été mise en place. Au fond, on aperçoit la toiture de mon ancienne maison qui dépasse à peine. Je me rappelle que mes parents me disaient que dans leur jeunesse ils pouvaient voir la mer depuis la cuisine au rez-de-chaussée. Aujourd’hui c’est à peine si on peut la voir depuis les chambres à l’étage. 

Moi je n’ai vraiment connu que cela. Mais je me souviens de nos balades nocturnes sur cette petite bande de terre. Avant même que l’embarcadère n’existe. Lorsque nous pouvions encore rejoindre le reste de l’île par la terre. 

C’est drôle finalement, tout le village semble s’être surélevé. Des maisons sur pilotis émergent encore vers le centre-bourg que je rejoins quotidiennement pour acheter mon pain et me procurer le journal local Le Phare de Ré. Le camping aussi semble s’être doté de maisons flottantes pour accueillir les vacanciers. 

5.   Juin 2100 : Aujourd’hui j’ai envie de sortir pour profiter du front de mer, je passe par la passerelle, devenue un peu trop étroite à mon goût et avec l’arrivée des nombreux vacanciers à vélo. Je me demande alors s’il ne serait pas possible de créer une esplanade sur pilotis pour devenir une vraie place plutôt que de devoir se poser à l’embarcadère tout de suite pris d’assaut par les touristes.

J’imagine cette place comme un lieu de rencontre entre les riverains, les passants et les touristes, une place ou nous pourrions organiser la fête du port et des repas de quartier quand le temps et bon. Nous serions tellement mieux ici et nous aurions beaucoup plus de place. De plus avec les maisons de chaque côté nous pourrions naviguer d’une cuisine à l’autre pour cuisiner ensemble. Une tempête se lève encore à l’horizon, je profite encore de me moment pour me plonger dans mes souvenirs. 

 

6.   Je prends un autre album, je tombe sur une photo de moi, mon épouse, et de nos deux enfants en 2073. Cela fait déjà 3 ans que le transport maritime inter’îles a été mis en place. La grande digue de galets construite au début des années 30 a été endommagée puis reconstruite puis ré-endommagée et rénovée encore jusqu’à être définitivement nivelée. Je nous revois profiter de la mer pendant qu’elle est encore calme, à marée basse, la plage de Loix se découvre laissant apparaître des aménagements d’habitude submergés. Je me rends compte que le paysage
a beaucoup changé. Aujourd’hui nous ne pouvons pratiquement plus profiter de cette plage. Aujourd’hui la plage, c’est ma rue ou bien mon jardin, complètement inondés lors des forts coefficients de marrées. Je ne sais pas si je regrette vraiment le passé, je pense que j’ai appris à vivre avec, je pense avoir compris que l’endroit dans lequel je vivrais serai en perpétuelle évolution.

J’ai accepté que la montée des eaux anime ma vie.

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Cette naration est issue d'un extrait  de mon macro projet de recherche en design sur la montée des eaux, vous pouvez retrouver l'intégralité du document ici.

© 2021 Nathan Belarbre
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